Le chapeau

Le vieux chapeau

Il a plu beaucoup et le chapeau de paille resté accroché au mur dehors pendant plusieurs jours est tout mouillé et froissé. Je l'ai aperçu la nuit d'hier en rentrant. Ce n' est pas la seule fois que je le croise. Par terre au garage, je l'ai ramassé une fois. Il était plein de poussière, je le secoue violemment, le frappe contre le mur et le suspends à un clou. Une autre fois encore, je le trouve abandonné au deuxième étage, où il y avait des travaux, parmi les debris de briques et de ferraille rouillée.

 

Je le contemple longuement en pensant que je dois me résoudre un jour à m'en séparer pour lui épargner toute cette souffrance. Seulement voilà : Aurai-je le courage de le faire ?

 

Je le jetterai à la poubelle, il finira dans une décharge. Ou alors, je le brulerai et sèmerai ses cendres dans le jardin. Je ne continuerai pas à le voir ainsi.

 

Non, non  ! 

 

Je ne ferai jamais ça, je tiens tant á lui. C'est le chapeau de ma mère. De ma défunte mère, qu'elle repose en paix. 

 

Un jour, ma femme, éducatrice dans un jardin d'enfants, voulant monter une pièce de théâtre avec les mômes de sa classe, m'a demandé de lui ramener de chez ma mère un vieux chapeau. Il était question de faire jouer un rôle de mendiant dans la pièce en question. Ma mère se fit alors un plaisir de rapiecer son vieux couvre-chef déjà tout frippé et ma femme en fût très contente.

 

Quand elle était encore valide, Na Ferroudja, comme on l'appelait au village, l'avait toujours sur la tête. Il l'accompagnait aux champs ou à l'épicerie du village et la protégeait du soleil.  

 

Comment pourrais-je le jeter ? 

 

Il n'est pas tout ce qui me reste de Na Ferroudja. Il n'est que le témoin fidèle et silencieux qui me rappelle sa tendresse, sa bienveillance et le grand courage d'une montagnarde.

 

J'aime le vieux chapeau et je le garderai aussi longtemps que je pourrai.

 

Na Ferroudja.

 

Date de dernière mise à jour : 24/07/2018

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